PepsiCo et Mars misent sur les camions sans cabine d'Einride

Le spécialiste suédois de la “freight tech”, Einride, est en train de réussir un pari audacieux : convaincre les plus grands noms de l’industrie de se passer de chauffeurs — ou du moins, des cabines qui les abritent. Avec sa flotte de camions électriques et autonomes, l’entreprise transporte déjà les marchandises de géants comme PepsiCo, Mars et GE Appliances. Un signal fort que l’ère de la logistique robotisée n’est plus une promesse de salon, mais une réalité qui livre déjà ses colis.

L’approche d’Einride est un cocktail savamment dosé de technologies de pointe. Son véhicule le plus emblématique, l’Einride Pod, est l’incarnation parfaite du concept « la forme suit la fonction » : sans chauffeur humain à bord, l’intégralité du volume est dédiée au fret. Ces camions autonomes de niveau 4 (SAE Level 4) circulent déjà sur les routes publiques aux États-Unis et en Europe, sous la surveillance à distance d’opérateurs humains. Véritable coup d’éclat fin 2025 : un véhicule Einride a bouclé la première livraison transfrontalière totalement autonome entre la Suède et la Norvège. Pour les trajets nécessitant plus de souplesse, l’entreprise déploie également des flottes de poids lourds électriques plus conventionnels, le tout orchestré par « Saga », sa plateforme logistique dopée à l’IA.

Ces collaborations dépassent largement le stade du simple projet pilote. Avec Mars, Einride prévoit de déployer 300 camions électriques à travers l’Europe d’ici 2030, avec l’objectif de réduire les émissions de CO2 de 20 000 tonnes par an. Aux États-Unis, ses opérations pour Frito-Lay (PepsiCo) devraient couvrir près de 320 000 kilomètres par an, économisant ainsi 143 tonnes de CO2. L’entreprise affirme que ses solutions de transport électrique peuvent réduire les émissions de CO2 jusqu’à 95 % par rapport au diesel, tout en restant compétitives sur le plan financier.

Pourquoi est-ce crucial ?

Alors que le monde de la tech a les yeux rivés sur les robots humanoïdes et l’IA générative, Einride s’attaque à un secteur moins « glamour » mais vital : le transport routier de marchandises, qui pèse pour 7 % des émissions mondiales de CO2. En intégrant camions électriques, conduite autonome et gestion intelligente via sa plateforme, Einride propose un modèle de « freight-as-a-service » complet qui séduit des multinationales pourtant peu enclines au risque.

Forte d’une levée de fonds de 113 millions de dollars bouclée en février 2026 en vue d’une introduction à la Bourse de New York (NYSE), Einride dispose du capital nécessaire pour passer à l’échelle mondiale. Son succès prouve qu’il existe une voie viable et « scalable » pour décarboner la chaîne d’approvisionnement — pas dans un futur lointain, mais ici et maintenant, sur les autoroutes européennes et américaines. La question n’est plus de savoir si le fret électrique et autonome va s’imposer, mais à quelle vitesse le reste de l’industrie devra s’adapter pour ne pas mordre la poussière (et les fumées de diesel) du passé.